Exposer l’éthique

Leonardo/Olats est partenaire du projet européen Trust Me, I’m An Artist. Dans ce cadre, je tiens un « Journal de Bord » avec des compte-rendus des réunions et des rencontres, mais aussi mes réflexions, lectures et interrogations.

Dans le Thalys pour Amsterdam, direction la Waag Society pour le symposium final du projet Trust Me, I’m an Artist et la performance de Maja Smrekar à propos de son projet Ecce Canis – K9 Topology.

Il y a exactement six mois que j’étais dans ce même train pour aller assister à la performance de Kira O’Reilly et Jennifer Willet  et voir l’exposition des œuvres créées dans le cadre de cette édition de Trust Me, I’m an Artist . Six mois sans trouver le temps pour écrire sur cette exposition alors qu’elle m’a bluffée. Les projets européens ont entre autres vocations celle de favoriser la « mobilité », profitons donc, littéralement, de celle-ci pour parler de l’exposition qui s’est tenue à Amsterdam du 13 mai au 25 juin 2017.

D’une façon générale, les expositions documentaires m’ennuient. Je leur préfère une publication bien faite où je peux lire des textes ou examiner des documents confortablement assise. La plupart des projets de cette édition de Trust Me, I’m An Artist était des performances, je me préparais donc à être polie envers mes partenaires et les artistes.

L’exposition se tenait dans la Het Glazen Huis de l’Amstelpark d’Amsterdam. Comme son nom l’indique, la « Het Glazen Huis » est un petit bâtiment dont tous les murs sont en verre. Posé dans un délicieux jardin, il permet ainsi une perspective sur la végétation environnante mais engendre une contrainte supplémentaire pour une exposition artistique.

01-Het GLazenHuis

01bis-AmstelPark

Dans ce contexte difficile, il s’est produit un petit miracle (largement dû à la compétence de Miha Tursič) et le résultat a été passionnant.

L’exposition s’est appuyée sur le jeu de la transparence entre le dedans et le dehors notamment pour les œuvres de Kira O’Reilly & Jennifer Willet et de Spela Petrič. La terre pailletée surmontée de plumes vertes d’O’Reilly et Willet semblait dialoguer avec la plante qui poussait de l’autre côté de la vitre tandis que la photo en très grand format de l’ombre portée de Petrič sur le cresson faisait écho à la pelouse tout autour.

Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Be-wildering (photo A. Bureaud)

Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Be-wildering
(photo A. Bureaud)

Spela Petrič, Skotopoeisis (photo A. Bureaud)

Spela Petrič, Skotopoeisis
(photo A. Bureaud)

Dans le seul endroit fermé du bâtiment étaient réunis les les éléments témoignant de la performance de Martin O’Brien : sur le mur du fond, une très grande projection de la captation de la performance (qui dura 3 heures), sur un autre mur, une série de petits écrans diffusaient des vidéos de la performance prises sous d’autres angles et enfin, sur une table, les objets utilisés par l’artiste au cours de celle-ci.  Cette salle, par sa fermeture et son obscurité, contrastait avec le reste de la galerie ouverte et baignée de lumière. On y pénétrait comme dans une crypte ou comme dans la structure en plastique semi-transparent que O’Brien avait érigée à Londres et qui enfermait le spectateur dans l’espace-temps de l’artiste.

Martin O’Brien,  Taste of Flesh, Bite Me, I'm Yours (photo A. Bureaud)

Martin O’Brien,
Taste of Flesh, Bite Me, I’m Yours (photo A. Bureaud)

La documentation de Heirloom de Gina Czarnecki & John Hunt était éclatée sur plusieurs petits moniteurs traduisant ainsi, d’une certaine manière, les divers aspects de l’installation.

Gina Czarnecki & John Hunt, Heirloom (photo A. Bureaud)

Gina Czarnecki & John Hunt, Heirloom (photo A. Bureaud)

Outre ces objets-documents, l’exposition incluait des objets-œuvres avec Controlled Commodity: Make Do and Mend d’Anna Dumitriu, des « objets-potentiels » avec Cellular Propeller d’Howard Boland ou fictionnels avec Open Care d’Erich Berger et Mari Keto.

Anna Dumitriu, Controlled Commodity: Make Do and Mend (photo A. Bureaud)

Anna Dumitriu, Controlled Commodity: Make Do and Mend (photo A. Bureaud)

Howard Boland, Cellular Propeller (photo A. Bureaud)

Howard Boland, Cellular Propeller (photo A. Bureaud)

Open Care est un ensemble d’artefacts déployant une fiction spéculative dans laquelle il est imaginé que les déchets nucléaires deviennent une responsabilité individuelle et sont transmis en héritage de générations en générations. Un mode d’emploi permet d’évaluer leur niveau de dangerosité (le niveau de radioactivité) et si l’on doit (ainsi que ses descendants) continuer à s’en (pré)occuper. Portant sur la radioactivité, cette œuvre s’écartait du propos de Trust Me, I’m An Artist centré sur le bioart pour ouvrir à d’autres questions éthiques soulevées dans et par la création artistique.

Erich Berger et Mari Keto, Open Care (photo A. Bureaud)

Erich Berger et Mari Keto, Open Care (photo A. Bureaud)

L’exposition Trust Me, I’m An Artist a non seulement proposé une expérience esthétique et sensible des œuvres et tout particulièrement des performances mais elle a aussi réussi à « exposer » les questions éthiques qu’elles abordent sans tomber dans le didactisme.

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