Des paillettes pour un saumon. Trust Me, I’m An Artist, journal de bord n°15

Leonardo/Olats est partenaire du projet européen Trust Me, I’m An Artist. Dans ce cadre, je tiens un « Journal de Bord » avec des compte-rendus des réunions et des rencontres, mais aussi mes réflexions, lectures et interrogations.

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Alex May)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Alex May)

En ce joli week end de mai, j’avais hâte que le Thalys arrive à Amsterdam. Un peu pour m’extraire de la bande de jeunes femmes bruyantes en virée entre copines qui occupaient le wagon ; beaucoup pour, enfin, « voir en vrai » une performance de Kira O’Reilly  associée à Jennifer Willet et me confronter à la question éthique qu’elles allaient poser et dont je ne savais pas grand-chose pour ne pas dire rien.

Cette session de Trust Me, I’m An Artist s’est apparenté à des poupées russes, emboîtant projets, actions et formats au sein d’une même soirée. Le principe de base de Trust Me, I’m An Artist est qu’un(e) artiste expose un projet soulevant des questions éthiques devant un comité d’éthique qui rend des recommandations. Afin d’éclairer le comité (et le public), il/elle le recontextualise au regard de ses créations antérieures. Parallèlement l’artiste présente une performance ou une installation, mais dans un autre espace-temps.

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Avec Be-wildering, Kira O’Reilly et Jennifer Willet ont combiné les divers éléments en un seul : la présentation devant le comité fut scénographiée comme une performance incluant une sorte de « trailer » (performance dans la performance) de ce que les artistes veulent faire et donc des projets soumis au comité d’éthique.

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Vêtue d’une longue robe à paillettes verte et portant une coiffe à plumes de la même couleur, Kira O’Reilly fit son apparition la première dans le Theatrum Anatomicum dans le bâtiment de la Waag, suivie par Jennifer Willet portant une blouse de laboratoire modifiée, rehaussée de dentelles et sertie de boules de verre comme autant de boîtes de pétri sphériques, évoquant les scientifiques des siècles passés, quand s’élaborait la science positiviste.

Tout en préparant les ingrédients pour la « performance dans la performance », les artistes ont déroulé leurs parcours, questionné les bases même de l’éthique et des comités d’éthique en science et en art et leur contingence, discuté cette notion de confiance qui constitue le titre même du projet.

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

 

 

 

 

 

 

 

 

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

 

 

 

 

 

 

 

 

Jennifer Willet fit un prélèvement sur le nez de Kira O’Reilly qu’elle recueillit dans l’une des sphères de son costume-blouse de laboratoire.

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Puis Kira O’Reilly disposa un tas de terre sur le parquet sur lequel elle déversa, dans une image saisissante, un flot scintillant de paillettes. Après avoir mélangé le tout, elle y déposa, cérémonieusement, le corps mort d’un saumon dont elle recouvrit les bords du ventre et la bouche de paillettes.

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

 

 

 

 

 

 

 

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud

 

 

 

 

 

 

 

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Les deux artistes exposèrent alors leurs projets à venir :

> Jennifer Willet entend porter, au Canada où elle réside, une blouse de laboratoire pendant un an, sans la laver, dans divers endroits —divers laboratoires, mais aussi au club de gym ou chez elle— avant de l’emporter en Finlande pour un projet commun avec Kira O’Reilly.

La blouse accumule ainsi les micro-organismes en opposition totale avec la règle de base qui veut qu’une blouse de laboratoire est faite … pour le laboratoire, ne peut en sortir qu’ayant été lavée et stérilisée. Ce faisant, Willet veut attirer l’attention sur le fait que les règles ne sont pas toujours respectées par ceux-là même qui les édictent (combien de personnes se « baladent » avec leur blouse hors des labos ou utilisent dans ceux-ci des objets non stériles à commencer par leur téléphone portable ?) mais également ouvrir la discussion sur les vecteurs de contamination.

> Kira O’Reilly va faire une performance fin mai avec un saumon, similaire à ce qu’elle fit dans le Theatrum Anatomicum, dans une forêt en Finlande. Elle souligne que la forêt est une forêt « aménagée », autant artificielle (a construct) qu’elle-même peut l’être dans son fourreau vert. Elle entend en outre recouvrir un arbre entier de paillettes, soulevant des questions de pollution aux matières plastiques.

Les deux artistes mettent à la question les règles de non contamination entre zones géographiques, la propagation d’espèces invasives, la notion même de nature sauvage et le rôle et la place de l’humain dans ces processus, son mode même d’existence.

La conclusion du comité d’éthique fut que les deux projets ne présentaient pas de risques majeurs mais que les artistes avaient fourni trop peu d’éléments pour permettre une évaluation correcte. Le comité se proposait donc de les accompagner dans leur mise en œuvre afin d’en limiter les risques tout en permettant leur réalisation.

Le comité d'éthique, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Le comité d’éthique, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Le comité nota que l’ensemble de la soirée avait été une mise en scène moqueuse et critique —mais brillante— des procédures, des méthodes et du déroulement d’une soumission normale de projet auprès d’un comité d’éthique.

Le titre du projet, « Be-wildering », du moins tel que je le comprends, est un jeu de langage entre « bewildering » qui signifie « déroutant », « déconcertant » et la référence à un « devenir sauvage », à une injonction à « ensauvager », à la transgression de l’affranchissement des règles, et à l’impossibilité même de l’existence d’un « sauvage ».

Si la performance aurait gagné à être un peu plus resserrée, déroutante, ou plus exactement troublante, elle le fut par son association d’images fortes et dialectiquement opposées : théâtralité de la mise en scène mais dialogues quasi à bâtons rompus entre artistes élaborant un projet commun et échangeant leurs idées ; ambiguïté sexuelle à travers les costumes ; présentations théoriques et intellectuelles formelles et actions artistiques ; artificialité des paillettes et (pseudo) naturalité de la terre et du saumon.

Be-wildering, Kira O'Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Be-wildering, Kira O’Reilly & Jennifer Willet, Waag Society, Amsterdam, 12 mai 2017 (photo Annick Bureaud)

Restent les questions éthiques.

Je n’ai pas de compétences me permettant de juger du risque que prend ou que fait courir Jennifer Willet en trimballant sa blouse, de laboratoires en lieux privés ou publics. Je ne peux que raisonnablement penser qu’elle ne récoltera guère plus d’agents pathogènes dans les laboratoires auxquels elle aura accès qu’un voyageur dans le métro parisien aux heures de pointe.

Le saumon porté à travers un bois depuis l’escalier à saumons d’un barrage ou l’arbre recouvert de paillettes seront de toute évidence spectaculaires et saisissants mais seront-ils plus percutants, plus bouleversants que la performance que fit O’Reilly à l’intérieur, dans le Theatrum Anatomicum ? La question de la pollution dans la forêt apparaît comme quasi marginale puisque, de toute façon, même réalisée en intérieur, les paillettes utilisées rejoindront les égouts, il ne reste que celle d’aller « ennuyer » (une fois de plus) un arbre.

Dans les deux cas, la question, pour moi, est plutôt celle de la nécessité d’un autre type de « passage à l’acte » qui serait plus transgressif et éthiquement questionnable qu’une performance dans un lieu culturel clôt. La performance Be-wildering telle qu’elle s’est déroulée à Amsterdam incluait déjà ces actions-limites : Willet de facto, a commencé son projet en recueillant des échantillons dans les bulles de son costume. Comme les paillettes qui s’insinuent partout, qui collent à la peau, elles agissent comme des virus contaminateurs d’idées. « Ça » mature, « ça » évolue et « ça » questionne. Cela me suffirait. J’aurais aimé, en revanche, que fut discuté l’aspect géo-culturel de ces projets qui s’inscrivent dans une histoire artistique, culturelle, philosophique et théorique occidentale.

Comité d’éthique
Dr. Ellen ter Gast, biologiste, philosophe et enseignante ; Dr. Sabine Roeser, professeure d’éthique à l’Université de Technologie de Delft ; Dr. Toby Kiers, professeure d’Interactions Mutualistes au Département de Sciences Ecologiques, faculté des Sciences de la Vie et de la Terre à l’Université libre d’Amsterdam ; Chris Bisson, Directeur du développement du projet Eden et Karin Spaink, journaliste, auteure et féministe.
Le projet Trust Me, I’m an Artist est soutenu financièrement par le programme Creative Europe de l’Union Européenne.
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LASER Paris – 3 mai 2017

LASER Paris - 3 mai 2017 - Annick Bureaud, Pauline Dorkel et Jean-François Sanz (photo Décalab)

LASER Paris – 3 mai 2017 – Annick Bureaud, Pauline Dorkel et Jean-François Sanz (photo Décalab)

La deuxième édition des rencontres LASER Paris s’est tenue chez agnès b. le 3 mai 2017.

Au programme

> Karine Bonneval (artiste) et Claire Damesin (écophysiologiste au laboratoire ESE / Ecologie, Systématique et Evolution, UPSud, CNRS, AgroParisTech à Orsay // « Respirer avec les arbres » autour du projet « Dendromité : En intimité avec les arbres » (projet soutenu par La Diagonale Paris-Saclay).

Claire Damesin et Karine Bonneval - LASER Paris, 3 mai 2017 (photo Décalab)

Claire Damesin et Karine Bonneval – LASER Paris, 3 mai 2017 (photo Décalab)

Claire Damesin, LASER Paris, 3 mai 2017 (photo Décalab)

Claire Damesin, LASER Paris, 3 mai 2017 (photo Décalab)

 

 

 

 

 

 

 

> François-Joseph Lapointe (artiste et scientifique, professeur au Département des sciences biologiques de l’Université de Montréal, directeur du Laboratoire d’écologie moléculaire et d’évolution) // « Je est un Autre : de l’ADN au microbiome » autour de ses projets et performances artistiques « De la chorégénétique à l’art métagénomique »

François-Joseph Lapointe, LASER Paris, 3 mai 2017 (photo Décalab)

François-Joseph Lapointe, LASER Paris, 3 mai 2017 (photo Décalab)

> Ana Rewakowicz (artiste interdisciplinaire, née en Pologne, vit à Montréal, doctorante aux laboratoires LinX et Ladhyx à l’Ecole Polytechnique à Paris, En résidence à la Cité internationale des arts ) // « Prendre l’eau de l’air au filet » autour du projet « Collecteur de brouillard / Mist Collector » (en cours).

 

Ana Rewakowicz, LASER Paris, 3 mai 2017 (photo Décalab)

Ana Rewakowicz, LASER Paris, 3 mai 2017 (photo Décalab)

 

Les rencontres LASER / Leonardo Art-Science Evening Rendezvous sont un projet de Leonardo/ISAST. Sur le modèle du « salon de conversation », artistes et scientifiques présentent leurs recherches et leurs projets dans un format où la discussion et la rencontre avec le public sont privilégiées.

 La relation art-science a pris depuis quelques années une nouvelle ampleur et recouvre des pratiques, des thématiques et des approches très diverses, sinon opposées. LASER Paris entend explorer les différentes modalités de ces créations et recherches pour constituer un lieu de réflexion et d’échange et offrir des opportunités de rencontres professionnelles entre les acteurs.

Lors de chaque rencontre, deux artistes et deux scientifiques présentent leurs travaux. Un de ces « duos » est issu des projets soutenus par La Diagonale Paris-Saclay. En outre, en 2017, la thématique de l’anthropocène a été retenue comme fil rouge : à chaque rencontre au moins un des participants sera un artiste ou un scientifique dont le travail ou la recherche porte sur ce thème. Et, selon la formule des rencontres LASER, le public aura son mot à dire non seulement dans les débats autour des projets mais également par un temps dédié à ses annonces et les discussions ouvertes à l’issue des présentations.

En 2017, LASER Paris est co-organisé par Leonardo/Olats, La Diagonale Paris-Saclay et Le Fonds de dotation agnès b.

 

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Future Emerging Art and Technology – Dundee Exhibition 2017

Spring has arrived. Time to get out and to go to Dundee, Scotland for the first exhibition from the FEAT / Future Emerging Art and Technology project.

The exhibition takes place at the LifeSpace Science Art Research Gallery, School of Life Sciences, Old Hawkhill Road, University of Dundee, Dundee, Scotland DD1 5E and it runs from April 13th to June 17th.

The exhibition includes new artworks by boredomresearch, Evelina Domnitch and Dmitry Gelfand, Anna Dumitriu, Špela Petrič & MihaTuršič, Semiconductor, and Pinar Yoldas, created through in-depth embedded residencies at the forefront of new research in EU Future Emerging Technology (FET) projects working side-by side with scientists.

Anna Dumitriu, "Make, Do and Mend", 2017 (photo Annick Bureaud)

Anna Dumitriu, « Make, Do and Mend », 2017 (photo Annick Bureaud)

 

Evelina Domnitch, Dmitry Gelfand, "Ion Hole", 2016 (photo Domnitch-Gelfand)

Evelina Domnitch, Dmitry Gelfand, « Ion Hole », 2016 (photo Domnitch-Gelfand)

 

Boredomresearch, "Robot in Distress", 2017 (photo Boredomresearch)

Boredomresearch, « Robot in Distress », 2017 (photo Boredomresearch)

Spela Petric - Miha Tursic, "Becoming A.Thing", 2017 (photo Annick Bureaud)

Spela Petric – Miha Tursic, « Becoming A.Thing », 2017 (photo Annick Bureaud)

Semiconductor, "Parting The Wave", 2017 (photo Semiconductor)

Semiconductor, « Parting The Wave », 2017 (photo Semiconductor)

FEAT is an initiative of eutema GmbH (AT), Stichting Waag Society (NL), and youris.com (BE). It has received funding from the European Union’s Horizon 2020 research and innovation programme under grant agreement No 686527 (H2020-FETOPEN-2015-CSA).

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Tour d’horizons des expériences art-science – FOOR – Lille

AB-FOOR

Le 2 décembre 2016, je participais au FOOR / Forum Ouvert Oeuvres et Recherches à Lille avec une présentation intitulée « Tour d’horizons des expériences Arts/Sciences conduites à l’étranger au regard de l’initiative Oeuvres et Recherches ».

J’y proposais une typologie des projets et expériences arts-sciences à travers des exemples pris dans divers pays et représentant différents modèles et modalités d’actions.

L’équipe de FOOR a mis en ligne les vidéos des interventions de cette journée, disponibles ici.

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Lancement de LASER Paris

LASER_paris_150x88En ce début 2017, c’est avec un très grand plaisir que je lance, avec La Diagonale Paris-Saclay et le Fonds de dotation agnès b., LASER Paris, les Leonardo Art Science Evening Rendezvous !

Première rencontre le 23 février 2017

chez agnès b.

17 rue Dieu, Paris 10ème

19h00 à 21h30.

 Au programme

> Marion Laval-Jeantet (artiste, Art Orienté Objet) et Sylvie Lautru (microbiologiste, chercheuse à l’Institut de Biologie Intégrative de la Cellule – (I2BC) // « L’odeur de sainteté » autour du projet « Holly-Coli » (projet soutenu par La Diagonale Paris-Saclay).

> Anaïs Tondeur (artiste) et Marine Legrand (Anthropologue, chercheuse post-doctorante au Muséum national d’Histoire naturelle) // « Panser la terre » autour du projet « Galalithe ».

> Modération : Annick Bureaud

entrée gratuite dans la limite des places disponibles sur inscription (http://bit.ly/2iRtKNa)

 

Leonardo/Olats, La Diagonale Paris-Saclay  et Le Fonds de dotation agnès b s’associent pour lancer les rencontres LASER à Paris.

Les rencontres LASER / Leonardo Art-Science Evening Rendezvous  sont un projet de Leonardo/ISAST . Sur le modèle du « salon de conversation », artistes et scientifiques présentent leurs recherches et leurs projets dans un format où la discussion et la rencontre avec le public sont privilégiées.

La relation art-science a pris depuis quelques années une nouvelle ampleur. Les grandes institutions publiques s’y investissent et on ne compte plus les programmes d’artistes en résidence au sein de laboratoires de recherche.

De question artistique et intellectuelle, Art-Science devient un enjeu social, sociétal, économique, éthique. Cependant ce n’est ni un champ, ni un genre, ni une esthétique unifiés. Art-Science recouvre des pratiques, des thématiques et des approches très diverses, sinon opposées.

LASER Paris entend explorer les différentes modalités de ces créations et recherches pour constituer un lieu de réflexion et d’échange et offrir des opportunités de rencontres professionnelles entre les acteurs.

Lors de chaque rencontre, deux artistes et deux scientifiques présenteront leurs travaux. Un de ces « duos » sera issu des projets soutenus par La Diagonale Paris-Saclay. En outre, en 2017, la thématique de l’anthropocène a été retenue comme fil rouge : à chaque rencontre au moins un des participants sera un artiste ou un scientifique dont le travail ou la recherche porte sur ce thème. Et, selon la formule des rencontres LASER, le public aura son mot à dire non seulement dans les débats autour des projets mais également par un temps dédié à ses annonces et les discussions ouvertes à l’issue des présentations.

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2017: Slow & In-depth

ab-voeux2017low

Tous mes vœux pour 2017, année où on prend le temps de ralentir et d’approfondir.

All my best wishes for 2017, a year to promote a slow & in-depth approach to life.

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FiveWordsForTheFuture

annick-5wordsFiveWordsForTheFuture is a project created by Pier Luigi Capucci, Renato Alberti, Emanuele Bertoni and Giorgia Benvenuti.

As it’s title says, we are asked what are the 5 words or ideas that we believe are crucial for the future. This is recorded in a short video.

I have done the recording of my 5 words during Ars Electronica in septembre 2016 with Pier Luigi Capucci.

The exercice has been truly interesting, trying to figure out in the « noweness » what would be important to focus upon, trying to be reflective upon my own activities and my dreams (what I would like to do but not always can achieve, but may be I should try harder or differently ?). It actually opened up new ideas for me to work upon, or dig into. It has also been more intimidating than I thought it would be.

It is here, hoping it will bring you also some ideas, reflections, starting point for actions, or may be some joint project with me!

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Art and Minitel in France in the 1980s

Just received the book Social Media Archeology and Poetics, edited by Judy Malloy and published at MIT Press, in the Leonardo Book Series, in which there is my article « Art and Minitel in France in the 1980s ». The table of content is absolutely amazing, over 400 pages to read right away!

Livre-Malloy

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Sleeping Beauties, Trust Me, I’m an Artist, journal de bord n°14

Leonardo/Olats est partenaire du projet européen Trust Me, I’m An Artist. Dans ce cadre, je tiens un « Journal de Bord » avec des compte-rendus des réunions et des rencontres, mais aussi mes réflexions, lectures et interrogations.

C’est avec une réelle impatience que je suis partie à Copenhague, au mois de mai, pour voir l’œuvre Heirloom de Gina Czarnecki et John Hunt présentée au Medical Museion dans le contexte plus large de l’exposition The Body Collected. The Raw Materials of Medical Science from Cadaver to DNA.

Dans cette édition de Trust Me, I’m An Artist, c’est le premier projet dont la description (et le propos ?) me troublait et qui me semblait, en effet, soulever une question éthique. J’avais donc hâte de me confronter à sa réalité et aux points de vue et réflexions des autres, partenaires du projet, membres du comité d’éthique et bien sûr l’artiste et le scientifique qui l’avaient créé.

heirloom_title_alt_3Le projet peut se résumer ainsi : Heirloom est le portrait « vivant » de Lola et Saskia, les filles de l’artiste. Des cellules de peau, prélevées alors qu’elles avaient 11 et 13 ans, sont ainsi cultivées sur un masque en verre du visage des deux fillettes. Une sculpture en impression 3D à partir d’un scan de haute précision de leurs têtes accompagne les cultures de tissu.

Heirloom s’inscrit dans la longue tradition artistique du portrait, ne serait-ce que par le biais des masques réalisés selon une technique traditionnelle, qu’il porte dans une nouvelle direction avec la culture de peau mais aussi les impressions 3D. D’où vient le trouble ? Pourquoi cette sensation d’une forme de transgression ?

Cultiver de la peau est devenue chose courante, rien d’extravagant à cela (même si la technique est ici innovante). Pourtant, c’est bien un premier point d’achoppement. Un portrait « vivant » serait donc différent d’un portrait « figé » ? Par définition, un portrait est un substitut, dans une autre matière, de la personne. Il est la présence de l’absence de l’autre. Mais en tant que substitut, il n’est que partiel, moment du temps (le « ça-a-été » barthien de la photographie), à jamais imparfait et surtout incomplet. Créer un portrait de quelqu’un à partir de la même matière que la personne revient, symboliquement, à faire un double de celle-ci. Au-delà de l’idée de clonage, vient alors à l’esprit L’Invention de Morel, le magnifique livre d’Adolfo Bioy Casares où créer un double signifie tuer l’original.

Le deuxième point d’achoppement est le choix des « sujets », à savoir les enfants de l’artiste. Le même projet mais pour un autoportrait ou le portrait de n’importe quel adulte ne présenterait sans doute pas la même force émotionnelle. La mère semble ici se soumettre à l’artiste pour la réalisation de l’œuvre avec ce qui peut apparaître comme une instrumentalisation de ses enfants ou même un abus de pouvoir à leur égard.

C’est avec ces questions que j’abordais Heirloom dont il convient maintenant de décrire la matérialité et la forme réelles.

"Heirloom", Gina Czarnecki & John Hunt, Impression 3D, Medical Museion, Copenhague mai 2016, photo Annick Bureaud

« Heirloom », Gina Czarnecki & John Hunt, Impression 3D, Medical Museion, Copenhague mai 2016, photo Annick Bureaud

"Heirloom", Gina Czarnecki & John Hunt, moules des visages, Medical Museion, Copenhague mai 2016, photo Annick Bureaud

« Heirloom », Gina Czarnecki & John Hunt, moules des visages, Medical Museion, Copenhague mai 2016, photo Annick Bureaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Heirloom est une installation-parcours qui inclut à parts égales différents objets : les différents plâtres et moules des visages des enfants qui ont servi à faire les masques de verre, des exemplaires non utilisables de ces derniers car cassés ou présentant des défauts, les sculptures en impression 3D du visage des fillettes, une vidéo retraçant les étapes du projet, le prélèvement des cellules et leur donnant la parole et, au cœur de l’installation, d’une part les incubateurs avec les masques immergés dans un bain de nutriment de couleur rouge dans lesquels croissent les cellules et, d’autre part, dans des vitrines hermétiques en plexiglas, deux masques sur lesquels reposent de minuscules morceaux de peaux issus d’une première culture.

L'incubateur de "Heirloom", de Gina Czarnecki & John Hunt, Medial Museion, Copenhague, mai 2016, photo Annick Bureaud

L’incubateur de « Heirloom », de Gina Czarnecki & John Hunt, Medial Museion, Copenhague, mai 2016, photo Annick Bureaud

 

Face à l’installation, mon trouble initial s’estompe. Des questions demeurent, d’autres surgissent ainsi que des réponses.

Une des questions éthiques soulevée par Heirloom est l’autorisation du prélèvement des cellules des enfants. C’est Gina Czarnecki qui l’a signée, en tant que mère, pour une œuvre qu’elle réalise en tant qu’artiste. Demandée au père, cela aurait-il fait une différence ? Quel est le fondement réel de cette autorisation, hormis de couvrir le scientifique par une procédure habituelle de la science tout en en montrant l’inanité ? Gina Czarnecki demande la permission à ses enfants de montrer cette œuvre dans des endroits où cela pourrait les embarrasser (par exemple à Liverpool, la ville où elles habitent). Tous ceux qui publient, à longueur d’année, des photos et des vidéos de leurs enfants sur Facebook, de leur naissance à leurs premiers pas, fêtes d’anniversaire, activités diverses, ont-ils les mêmes pudeurs, le même respect de la vie privée, de l’intimité, de leur progéniture ? N’est-il pas là, le vrai cannibalisme parental ?

Heirloom expose par ailleurs un certain nombre de questions suscités par la recherche en médecine régénérative entre les espoirs d’une médecine réparatrice — que ce soit après des accidents traumatiques ou des maladies neurodégénératives —, les fantasmes d’une médecine cosmétique et les peurs d’un humain modifié. Entre éternelle jeunesse et rejet ségrégationniste de la vieillesse, sera-t-il possible un jour, l’âge venu, de retrouver son visage d’antan ? Mais que voudra t-on qu’il soit ce visage : celui de notre adolescence, de nos vingt ans, de notre maturité ?

Enfin, la raison essentielle qui désamorce mon trouble face à Heirloom est qu’il s’agit bien d’un portrait. Pas plus qu’une photo ou une sculpture, les cellules ne sont la personne. Certes, elles contiennent le patrimoine génétique des filles, mais un individu est bien plus que son patrimoine génétique. Heirloom s’inscrit dans cette dialectique de la présence et de l’absence, de la vie et de la mort qu’est un portrait, du fragment qui entend rendre compte du tout, qui échoue inexorablement, mais où résiste la puissance de l’évocation et, ici tout particulièrement, de l’impossible élixir de jouvence.

Il fut dit, notamment par Jens Hauser, que l’on était face à des masques mortuaires vivants. Par-delà l’esthétique technique contraignante du dispositif, Gina Czarnecki a choisi de faire arriver le tuyau qui délivre le nutriment et maintient une circulation dans l’incubateur sur la bouche des visages de verre, comme une respiration vitale. Dans le liquide amniotique de leurs matrices artificielles, les masques m’évoquent des beautés endormies, belles au bois dormant contemporaines.

Qu’est-ce qui fait que quelque chose nous déstabilise ? L’éthique est une affaire de limites. Il est intéressant de rencontrer les siennes et de s’y confronter. Et c’est bien là que réside l’art, sur la fragile ligne de crête.

 

Comité d’éthique

Christina Wilson, consultante artistique et membre du Conseil Danois d’Ethique ; Morten Hillgaard Bülow, historien de la médecine et philosophe ; Ida Donkin, post doctorante en épigénétique au NNF Centre pour la recherche en métabolisme de base et Jens Hauser, chercheur et commissaire d’expositions.

 

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Le spectateur deviendrait-il superflu ?

Ce soir, épluchant conscieusement mes mails afin de faire mon programme de visites d’expositions, deux annonces attirent mon attention quant à la place qu’elles donnent au public.

La première est celle d’une exposition de juin du Kreusberg Pavillon de Berlin intitulée « The only visitor ». En 2016, le Kreusberg Pavillon conduit une expérimentation de monstration sur la base d’appels à projets qui explorent les conditions mêmes de l’espace et de l’organisation de l’exposition. Plus question de professionnels de quelque nature que ce soit, tous ceux qui remplissent les conditions peuvent participer. En juin, donc, la contrainte était que ce qui serait présenté ne serait vu que par un seul visiteur.

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La deuxième concerne une des œuvres du projet LASCO #6 au Palais de Tokyo à Paris depuis le 13 juillet. Manutention de JR et OSGEMEOS est installée dans un endroit inaccessible au public mais visible grâce à un écran vidéo situé dans le Foyer.

Ces deux projets, que je ne verrai jamais pour le premier et que je n’ai pas encore vu pour le second, confronte la place du public dans les expositions de manière frontale :

– le public est-il toujours le destinataire des expositions ?

a contrario faut-il céder à la pression du chiffre où quantité fait office de qualité (renforcé par la religion des « likes » et des « followers ») ?

– a t-on encore besoin de la présence physique du public quand les choses n’existent que si elles sont médiatisées par des écrans ? Mais alors, pourquoi mettre la vidéo uniquement dans le Foyer du bâtiment et pas directement en ligne ? Parce que la photo —ou la vidéo— de la vidéo dans le Foyer sera le témoin « réel » que l’œuvre a bien eu lieu ?

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