Réalité virtuelle et altérité

Le 26 mars, je participais à la première rencontre autour de la réalité virtuelle organisée conjointement par Dėcalab et VRlab, la plateforme mise en place par David Guez, au Lab de l’Institut Culturel de Google à Paris (que de « Lab » ma foi, finalement la recherche, ou son vocabulaire, font encore recette !)

Le thème de cette session portait sur l’altérité.

VR-Alterity

Mark Farid y a présenté Seeing-I, entre performance extrême, télé-réalité et recherche en neurosciences et psychologie. Déjà largement médiatisé, ce projet consiste à passer une lune (autrement dit 28 jours) dans la peau d’un autre par le biais d’un Oculus rift. Il ne s’agit plus de vivre une autre vie idéale ou fantasmée mais la vie d’un autre. Dans ce « vie ma vie » version 2.0, la réalité virtuelle croise la surveillance panoptique individualisée intégrale. Farid va t-il croire qu’il est dans la réalité de l’Autre ? Cet Autre va t-il devenir totalement paranoïaque ? Suspense …

"Dog House", Makropol, 2015

« Dog House », Makropol, 2015

Dans le hall menant à la salle, on pouvait expérimenter Dog House, projet de cinéma immersif du collectif danois Makropol, reconstitution d’un dîner de famille, parfaitement monstrueux comme tout bon dîner de famille se doit d’être. Cinq membres du public pouvaient participer, occupant la place de chacun des protagonistes de l’histoire et la voyant de leur point de vue. Si la narration éclatée et multiple (dans ce que l’on aurait appelé autrefois une hyperfiction) fonctionne remarquablement bien, en revanche la promesse d’incarnation d’un personnage laisse largement sur sa faim et on reste spectateur, plus ou moins nauséeux (à cause des mouvements d’une image que l’on ne contrôle pas), d’une histoire où des acteurs (et non pas nous-mêmes) incarnent des personnages. Être dans un environnement virtuel c’est y avoir une présence. Les conditions de cette dernière passent sans doute par des interfaces ou des propositions sensori-motrices au-delà du port de l’Oculus. Une autre forme de représentation est aussi à imaginer.

D’une certaine manière c’est ce que propose David Guez avec son projet Homni en cours de développement. À partir de son smartphone et du système de vision stéréoscopique en carton de Google, chacun, où qu’il soit, pourra via une app voir ce que les autres utilisateurs connectés voient. Par simple mouvement de tête on change « d’yeux de substitution » mais sans avoir le choix de ces regards. On se prend à imaginer des performances mondialisées, tout à la fois collectives et individualisées …

Makiko Izu au Lab de l'Institut Culturel de Google, Paris, 2015

Makiko Izu au Lab de l’Institut Culturel de Google, Paris, 2015

En direct de Tokyo, Makiko Izu co-fondatrice et chorégraphe du collectif de performeurs Grinder-Man a présenté leur projet de réalité altérée Mirage, un des projets les plus intéressants que j’ai pu expérimenter de cette réalité virtuelle  « nouvelle génération » dans la dialectique et l’expérience qu’il crée entre corps physique et corps-image, corps des danseurs, du public-participant et du public-spectateur, de ce qui est perçu comme vrai ou faux, de la suspension de temporalité des images.

Annick Bureaud dans "Mirage" de Grinder-Man, à Ars Electronica, 2014

Annick Bureaud dans « Mirage » de Grinder-Man, à Ars Electronica, 2014

Quant à moi, j’ai introduit la séance avec une présentation intitulée Virtual Reality or « The White Man’s Mask » (oui, ça cause en anglais chez Google à Paris) dans laquelle j’ai évoqué les œuvres de réalité virtuelle de la première époque, des années 1990, qui se rapportaient au thème de l’altérité : Home of The Brain de Monika Fleischmann et Wolfgang Strauss (explorer la pensée de l’autre), Inherent Rights Vision Rights de Lauwrence Paul Yuxweluptun, l’artiste qui a qualifié la réalité virtuelle de « masque de l’homme blanc », (explorer la culture de l’autre mais aussi le monde des esprits), Placeholder de Brenda Laurel (quand l’autre est l’animal non humain) et Molecular Informatics de Seiko Mikami (quand on rencontre l’autre dans le monde virtuel).

VR-Imagesmosaique

Inherent Rights, Vision Rights

Sur cette base, et en invoquant également d’autres exemples comme See Banff de Michael Naimark, j’ai dégagé quelques grandes lignes qui peuvent caractériser la réalité virtuelle d’il y a vingt cinq ans et celle d’aujourd’hui en soulignant les divergences (d’un monde créé de toute pièce en images de synthèse des années 1990 à l’ultra réel — ou au désir de réalisme— des vidéos actuelles filmant le monde réel) mais aussi les points communs comme l’exploration de nouvelles formes de narration.

Sous le vocable « réalité virtuelle » on classe en ce moment des projets de nature bien différente, dont certains relèvent plus de la téléprésence que de la réalité virtuelle stricto sensu. La place et le rôle du public-participant y restent encore parfois incertains et les concepts d’empowerment, embodiment et agency (responsabilisation, incarnation, libre-arbitre) mériteraient une attention plus soutenue.

Je vais maintenant aller explorer ce que propose le festival EXIT en la matière cette année.

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L’impression 3D ou la sculpture sans les mains

Dans le cadre du Festival « Les Composites » organisé par l’Espace Jean Legendre à Compiègne, je participais le 17 mars à la journée d’échanges des « Rencontres nationales » sur le thème « La 3D : rendre réel ce qui est virtuel ».

Le matin, ce sont les images en 3D, notamment dans le spectacle vivant, qui ont été évoquées par Clarisse Bardiot, Josette Féral, Michel Lemieux et Joris Mathieu assorti d’une présentation sur la suppléance perceptive par Charles Lenay.

Clarisse Bardiot

Clarisse Bardiot

L’après midi ce fut le tour des objets avec l’impression 3D, session où j’ai fait ma présentation intitulée « L’impression 3D ou la sculpture sans les mains », dans laquelle j’ai dégagé une typologie de cette création et où j’ai évoqué les nouveaux enjeux de cette sculpture numérique sans oublier de la replacer dans sa continuité historique avec les premières œuvres, dans les années 1990, des pionniers tels Alexandre Vitkine, Christian Lavigne ou encore Masaki Fujihata.

Annick Bureaud

Annick Bureaud

Zaven Paré, Chihiro Minato, Annick Bureaud

Zaven Paré, Chihiro Minato, Annick Bureaud

Une table ronde sur le son 3D a clôt cette journée.

L’exposition « Généalogie des objets 2.0″ proposée par Zaven Paré et Chihiro Minato montrait un échantillon de la création japonaise en impression 3D dont les œuvres magnifiques d’Aki Inomata, créations de coquilles pour des bernard l’hermites que j’avais découvertes à Ars Electronica en 2014 et Despatch, le satellite-sonde spatiale sous la direction de l’artiste Akihiro Kubota, lancé par l’agence spatiale japonaise JAXA en décembre 2014. J’y ai également découvert l’étonnant travail de Tomoya Watanabe qui scanne et reproduit en impression 3D des objets de décoration kitsch à 100 Yen (équivalent des boutiques à 1 $ au Canada ou des Troisfoisrien chez nous), ou comment rendre encore plus bas de gamme des objets kitsch bas de gamme.

Tomoya Watanabe

Tomoya Watanabe

Aki Inomata

Aki Inomata

La journée s’est terminée avec Icare, le nouveau spectacle de Michel Lemieux et Victor Pilon.

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Cabaret de curiosités #14 – Ailleurs, ici l’espace

En ce vendredi 13 mars, beau moment de rencontres et de discussion au Phénix, à Valenciennes autour de l’art et de l’espace dans le cadre du Cabaret de curiosités #14 sur le thème « All Aliens ! » avec Kitsou Dubois et Nicolas Lissarague, Halory Goerger, Jean-Luc Soret, Ewen Chardronnet, Clarisse Bardiot et moi.

Ma présentation s’intitule « Art out of this World. Un parcours dans l’art spatial à travers la revue Leonardo ».

 

Kitsou&NicolasSoret-Bardiot-Bureaud

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« Art Orienté Objet. Rencontre avec l’Autre », interview dans artpress

L’entretien que j’ai fait avec Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin, du duo Art Orienté Objet est paru dans le numéro 420 d’artpress, de mars 2015.

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Aurelia 1 + Hz / proto viva sonification, Robertina Sebjanic

Le 6 février 2015, Robertina Sebjanic présentait sa performance Aurelia 1 + Hz / proto viva sonification organisée par Décalab au Cube, suivie d’une table-ronde que j’ai eu le plaisir d’animer et à laquelle participait également le conservateur d’aquarium Guillaume Eveillard.

L’occasion d’une Rencontres du Troisième Type avec les méduses de Robertina.


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Nouveautés 2015 pour Leonardo/Olats

L’année commence en beauté pour les projets avec Leonardo/Olats

Elle voit en effet, d’une part le lancement du projet européen Trust Me, I’m an Artist sur bioart, médecine et éthique et d’autre part le lancement d’Audiolats, les « pastilles à sucer pour l’oreille », autrement dit la collection de publications sonores que je mets en place avec Jean-Luc Soret sur la plateforme de Creative Disturbance.

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‘It’s a beautiful name for a satellite’. Satellites artistiques. Objets d’art paradoxaux, entre politique et poétique

« Spoutnik, objet intégral —politique, idéologique, démiurgique, technique, performatif, utopique et esthétique—, balise inaugurale de l’extension de l’espace public à l’espace circumterrestre, impressionna le monde et les artistes.

Plus d’un demi-siècle plus tard, en 2013 et 2014, trois satellites artistiques furent mis en orbite, les premiers parmi plus d’une vingtaine de projets portés par plusieurs générations d’artistes depuis les années 1970/80.  [….]

Un satellite artistique est la construction en tant qu’œuvre d’un objet-instrument qui doit se conformer aux conditions de l’environnement auquel il est destiné et aux règles pour y être envoyé. Objet technique, quelles sortes d’objet d’art peut-il être ? Quelles formes, esthétiques ou discours ont été et sont proposés ? Quelles sont les différences et les similitudes entre les projets des années 1980 et ceux d’aujourd’hui ?  [….] »

La suite de mon article « It’s a beautiful name for a satellite ». Satellites artistiques. Objets d’art paradoxaux, entre politique et poétique se trouve dans l’ouvrage All Aliens, publié par Clarisse Bardiot dans la collection « Cabarets de curiosités » (Valenciennes ; Besançon : le Phénix ; Subjectile ; les Solitaires Intempestifs, 2015). On peut se le procurer ici.

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Une année 2015 cosmique / A Cosmic Year 2015

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Art télématique. Cartographie pour un média mort – MCD #75

Mon article Art télématique. Cartographie pour un média mort est paru dans le numéro 75 de MCD de l’automne 2014 consacré à l’archéologie des médias.

La photo de l’installation de minitels d’ART-ACCES fait la couverture.

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Etudes et cahiers de tendance

Cette année, j’ai réalisé deux études (cahiers de tendance) pour Décalab

- BioArt – Bio Design. Concevoir pour l’anthropocène (mars 2014)

- Impression 3D. Quand le virtuel s’incarne dans le réel ou la sculpture sans les mains (juillet 2014)

D’autres sont en préparation.

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